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Olivier Granoux, merci de nous faire
l'honneur de répondre à nos quelques questions sur ton livre "Tupac
Shakur" en français.
(Plus d'infos sur le livre ici) - Peux-tu
te présenter pour nos nombreux visiteurs qui ne te connaissent pas
encore ?
J’ai 36 ans, et je
suis dans la musique depuis que j’en ai 12 ! Les choses sérieuses
(le travail, donc) ont commencé pour moi quand je suis arrivé à
Paris (je suis Marseillais d’origine). J’ai travaillé dans les
maisons de disques. D’abord en stage, puis à plein temps. J’étais
attaché de presse, donc en charge de faire la promotion (de faire
connaître via les médias) de nombreux artistes. J’ai été chez
Virgin, Sony, puis Universal. En 99, j’ai intégré au sein d’Universal
un pole Black Music. En équipe réduite (volonté d’esprit commando),
nous avions en charge des catalogues internationaux comme Motown,
Def Jam ou MCA (Mary J Blige, The Roots,…) et des artistes français
: Disiz la Peste, La Brigade, le label Nouvelle Donne (Ol’Kainry and
co), La Cliqua et Rocca, Lady Laistee, Matt …
J’ai arrêté en 2003 pour me consacrer à ma vraie passion, le
journalisme et l’écriture. J’ai été rédacteur en chef de l’édition
française de Rolling Stone, et depuis 2007, je suis devenu
journaliste indépendant. J’écris principalement sur la musique, pour
Vogue et Télérama Sortir.
- Parle nous de
ton livre, comment t’es venu l’idée d’écrire un livre sur Tupac
Shakur ?
C’est l’éditeur qui m’a
contacté pour me proposer l’idée. J’avais un projet de bouquin sur
Jay-Z, pas franchement sur 2Pac. C’est quelqu’un qui m’a toujours
intrigué, mais pas passionné. Je ne le comprenais pas, je ne
m’identifias pas à lui. Ce qui me valait régulièrement de me faire
vanner par, à peu près, tous les fans de hip hop. Je me suis dit que
ce serait intéressant d’aborder le sujet, d’abord d’un point de vue
personnel (au moins en travaillant sur sa vie et son oeuvre, je
serai fixé en profondeur sur ce que je pense de lui, en toute
connaissance de cause). Les fans de 2Pac sont des passionnés, mais
il existe tant d’histoires, que je voulais les mettre au clair, et
trier le vrai du faux le plus objectivement possible, sans laisser
trop rentrer l’affectif. Un vrai travail de journaliste, en somme.
Très rapidement, en discutant avec des journalistes, des fans, des
artistes, je me suis rendu compte que chacun connaissait un peut
bout de la vie de 2Pac, mais personne ne connaissait de bout en bout
l’histoire , les doutes, les ambitions du rappeur. Ca m’a fasciné,
tout ce mystère. Plus que ça, je me suis vite rendu compte que la
vie de Shakur était un polar hollywoodien incroyable, digne de
Scorsese ou Brain de Palma, mélangé à Spike Lee. D’ailleurs pendant
l’écriture, je racontais les chapitres que j’écrivais à des potes,
fans ou pas, ils étaient scotchés du début à la fin. Ce type a une
vie de dingue total.
Pour finir de me convaincre, l’éditeur m’a appris qu’il n’y avait
pas de livre en français existant sur 2Pac. Une injustice, une
aberration qu’il fallait réparer. Mon métier, c’est de faire
découvrir des choses aux gens. L’idée de rendre accessible un
artiste comme 2Pac à des gens qui ne le connaissent pas, c’était
grisant. L’idée de pouvoir donner aux fans (pas tous anglophones)
une version claire de la vie de 2Pac, c’était cool.
- Y a-t-il
un quelconque rapport entre ton livre « Tupac Shakur » et celui de
Malik Cocherel de la même maison d’édition (ndlr : instant-mag, K&B)
?
Bien sûr, nous avons le même éditeur. Je connais bien Malik, nous ne
travaillons pas dans les mêmes magazine,s mais on se croise souvent.
Globalement, ce sont deux livres différents sur la forme : celui de
Malik est plus conçu comme un magazine, avec des interviews, des
photos. Le mien est plus un bouquin.
- Les fans
savent que Tupac était extrêmement actif, et que sa « courte » vie à
été bien mené, n’est il pas difficile de s’aventurer dans un récit
sur sa vie ? Quelles ont été les autres difficultés pour l’écriture
de ce livre ?
La plus grande difficulté a été la contrainte de temps. Je n’ai eu
que deux mois pour écrire le livre (plus un autre mois de relecture
et correction). Impossible alors d’aller sur le terrain, en
Californie ou à New York pour mener l’enquête. Même si, c’est de
notoriété publique, ce n’est pas parce qu’on rencontre les proches
de Tupac qu’ils vous disent forcément la vérité. Le réalisateur de
Biggie&Tupac a lâché des liasses de dolalrs pour faire parler des
types devant la caméra qui lui racontaient souvent n’importe quoi.
Ou rien (le frère de Tupac).
Il n’empêche qu’il a fallu démêler quand même les centaines d’
histoires autour de 2Pac, mais à distance.
J’ai regardé les documentaires, beaucoup de presse américaine
fiable, discuter avec des journalistes français spécialisés, les
blogs, et avec mon expérience de journaliste, il a fallu prendre le
recul pour trier ou remettre en ordre toutes les informations. Pas
simple. J’avais également la biographie américaine, dirigée par la
mère de Tupac (à tendance extrêmement positive pour son fils, ce qui
est normal, mais on sait que son bambin n’était pas un ange quand
même…)
J’ai donc écrit de façon subjective : selon moi, c’est ma vision de
la vie de Tupac, mais ça n’engage que moi. Je ne prétend pas détenir
la vérité totale. Comme tout le monde me pose la question : non, je
ne peux pas affirmer savoir qui a tué 2Pac. Mais à la lecture, on
voit que j’ai de gros doutes sur certains. De toutes façons, je
trouve que le mystère autour de lui est quelque chose de super fort,
qui unit les fans. Quelque part, je suis content qu’il existe et je
n’ai pas envie forcément de le détruire.
L’autre truc, c’est que les zones d’ombre sont pour moi secondaires,
même si on ne parle souvent que d’elles. C’est-à-dire que plus que
l’assassin de 2Pac, je voulais expliquer surtout en quoi 2Pac était
un génie. Avec mes compétences musicales, en expliquant les paroles,
en replaçant les musiques dans leur contexte, en expliquant les
samples, ou qui étaient les mecs qui traînaient avec lui (Digital
Underground, etc..).
Enfin, même si on ignore pas mal de détails, les grandes lignes de
sa vie sont connues, peu d’erreur possible sur le sujet. Et comme
j’avais toujours en tête cet idée de rendre accessible la vie de
Tupac pour la première fois en France via un livre, je me suis dit
que pour une entrée en matière, j’avais suffisamment d’éléments à
fournir.
- Tupac
avait plusieurs facettes ; charitable, revancharde, ambitieuse,
progressiste, etc. Parfois l’une en contradiction avec une autre.
Selon toi, laquelle était prédominante chez lui, et comment cela
l’affectait dans ses décisions ?
Tupac, je le dis dans le bouquin, était double : un gentil et un
féroce, un branleur et une bête de travail, un revanchard et un mec
d’une grandeur d’âme extrême, un West Coast né sur la Eat Coast,
ghetto mais bling bling, macho mais respectant les femmes. Mais sa
marque de fabrique, c’est qu’il était impulsif, dans sa manière de
composer comme d’agir dans la vie. Il avait beau avoir réfléchi,
c’était toujours son impulsion du dernier moment qui décidait pour
lui.
- En
général, les fans qui connaissent bien la personnalité de Tupac
excluent l’hypothèse qu’il soit toujours vivant. Comment aurait il
pu vivre caché et dans le silence, lui qui vivait 100% à l’opposé de
ce précepte ? Es tu d’accord avec eux ? Que penses tu de ces rumeurs
?
C’est l’une de ces attachées de presse qui l’a dit : « Tupac
n’aurait pas pu rester silencieux aussi longtemps ». C’est clair
qu’avec la tchatche qu’il avait, il aurait craqué depuis longtemps
face à tout ce qui se passe, et serait revenu direct remettre les
choses en place !
Et puis disparaître totalement, en étant aussi connu, ça me semble
difficile, et puis surtout, ce n’était pas du tout dans les plans de
2Pac. Quitter le rap game, oui, mais pas la vie.
L »icône 2Pac est tellement forte qu’elle nourrie les fantasmes,
c’est normal. On prête chez les fans de rock la même histoire à
Elvis Presley : il serait caché dans une île. La série Lost, quoi !
Non, c’est très improbable. La seule conclusion, au fonds, c’est que
2Pac est aussi important au rap que Elvis l’est au rock. Pas mal.
-
Expliques nous comment tu as découvert Tupac, et à quel point il
t’as bouleversé pour en écrire un livre sur sa vie.
Je connaissais avant le livre. Mais à la cool, en soirée, puis en K7
dans la voiture. Je n’avais pas vraiment réalisé l’ordre des
différents albums, je connaissais surtout des morceaux, pas trop les
albums. C’est aussi par intérêt perso que j’ai écrit le bouquin,
pour mieux connaître le parcours du gars. C’est marrant, mais je dis
souvent que j’ai écris ce livre pour qu’il y ait encore plus de fan
de Tupac. Et avant même la sortie du livre, ça avait marché :
j’étais devenu fan de 2Pac ! Ca en faisait déjà un de plus ! Son
destin m’a bouleversé. Comme je l’ai dit, déjà, c’est un vrai film.
Je suivais ça, j’avançais tous les jours un peu plus dans
l’histoire. Passionnant. Des fois, je poussais des cris devant mon
écran d’ordinateur quand je découvrais un nouveau truc, un clip, ou
j ‘écoutais le son à fond chez moi, et je gueulais en entendant les
phases de ouf que je n’avais pas encore capté, ou des prod que je
décortiquais et qui me faisait halluciner. Bref, je n’ai pas trop
considéré l’écriture de ce livre comme du boulot, parfois ! (alors
que bon, limite jour et nuit pendant deux mois la tronche dans
l’ordinateur, c’est pas facile)
J’en profite pour remercier Rohff et Soprano, que j’ai interviewé
pour le bouquin : ce sont des ouf de 2Pac, et ils m’ont transmis
leur passion et appris des trucs mortels, qui m’ont fait mieux
comprendre la musique de Tupac et la leur au passage !
- Penses
tu que le Hip-Hop serait différent aujourd’hui si Tupac ne nous
avait pas quitté ?
J’aime le croire. Mais je me dis que sa mort lui permet de rester
intouchable pour l’éternité. Imagine le aujourd’hui, en gros
bourgeois bien gras qui fait de la daube. Catastrophique ! Ou en DMX,
hardcore en train de devenir pasteur et qui raconte des trucs
carrément chelou. Ou en KRS One, qui galère pour joindre les deux
bouts tous les mois. Il est parti au top, même si le top était
encore à venir. Finalement, c’est ce qu’il y a de plus beau.
-
Connaissais-tu le site et la communauté PacSide ? Si oui, qu’en
penses tu et qu’aimerais tu dire à cette communauté ?
Je l’ai découvert au cours de mes recherches sur 2Pac, bien sûr.
J’aime son côté multi-pays. C’est ma vision du truc : tout le monde
doit partager, pas de barrière. C’est pour cela que le bouquin est
plus grand qu’un livre de poche, pour que ceux qui ont la flemme de
lire aime l’objet et se motive pour le feuilleter un peu quand même
et rentre dans l’histoire (qui ensuite ne les lâche plus). Être fan
de 2Pac, je le sais aujourd’hui, ça peut être considéré comme
étrange - le fait d’être fan, hein, rien de particulier sur 2Pac
!...plus le côté fan : collection, etc…mais ce mec avait des valeurs
énormes. Ce sont ces valeurs qu’un vrai fan se doit d’admirer et
d’essayer d’avoir : peur de rien, goût de l’effort et du travail,
sens de l’amitié et respect des parents, mais aussi kiffeur
d’ambiance, amoureux de la vie et des belles choses, marrant,
lâchant jamais rien, et branleur juste comme il faut !
- Pour
terminer, parle nous de tes futurs projets, aurons nous la chance de
voir d’autres œuvres en rapport avec Tupac ou le Hip-Hop ?
Après 2Pac, je me concentre sur deux autres lascars gros calibre :
mes enfants. J’ai un fils de deux ans et un deuxième vient d’arriver
il y a deux mois. Niveau emploi du temps, c’est chaud, mélangé au
boulot. Alors je n’ai pas abandonné l’idée d’un bouquin sur Jay-Z
(j’ai bossé avec lui, rencontré plusieurs fois, contrairement à 2Pac
qu’aucun journaliste français n’a interviewé !), c’est un mec où il
y a pas mal à dire. Mais avant out, je souhaite désormais faire un
vrai travail de terrain et de journaliste, rencontrer les gans,
aller sur le terrain. Et donc avoir du temps pour écrire ce bouquin.
Deux ans au lieu de deux mois, je suis preneur !
Olivier, je te
remercie au nom de toute la communauté PacSide de nous avoir accordé
de ton temps. Nous te souhaitons une bonne continuation et réussite.
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livre ici
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